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Février, la période de chant du Hibou Grand-duc (Bubo bubo) a déjà bien commencé !
Photographie : N.PINCZON, Hibou Grand-duc (Bubo bubo), mâle chantant, février 2017, Lot-et-Garonne
« La montagne s’assombrit, l’air coule plus frais le long du torrent grossi par la fonte des neiges. En ce clair crépuscule de juillet, les rochers parlent aussi : au bruit de l’eau se mêlent des soufflements étranges de machine à vapeur. La vieille tradition locale à raison, c’est un lieu hanté par les fantômes malveillants. Dans une anfractuosité de la paroi, une forme obscure s’agite, puis deux, des têtes rondes et blanchâtres, des ailes qui battent. Et voici qu’une ombre massive se détache du ciel, plane à travers la vallée : le Grand-duc part en chasse. » Paul GEROUDET – Les rapaces diurnes et nocturnes d’Europe – éditions Delachaux et Niestlé – paris, 1979 – page 327
Encore une étude alarmante !
Une étude publiée tout récemment dans la revue Biological Conservation, https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0006320718313636, alerte à propos de la baisse de l’abondance et de la diversité des insectes : 41% des espèces étudiés dans le monde, depuis plusieurs décennies, déclinent sérieusement et 30% sont carrément en danger d’extinction ! La plupart des ordres sont représentés : Coléoptères, lépidoptères, hymenoptères, diptères, orthoptères, hétéroptères, homoptères, odonates… Les insectes, au cœur des écosystèmes, participent largement à l’équilibre du vivant, contribuent à bien des services écosystémiques, sont une biomasse considérable pour des espèces insectivores… les insectes sont étonnants, beaux et utiles !! Ils font partie intégrante de ce monde ! Les espèces qui contrarient le développement des sociétés humaines sont parfois en déséquilibre démographique du fait même des activités humaines…
Photographie : Nicolas PINCZON, Pararge aegeria & Hoplia coerulea, 47 Penne d’Agenais, le Boudouyssou, 29 juin 2018La liste rouge de la flore vasculaire de France métropolitaine vient d’être publiée…
742 espèces sont menacées ou quasi-menacées, soit 15% de la flore indigène de France !
https://uicn.fr/liste-rouge-flore/
Photographie : Nicolas PINCZON, Narcissus gigas, 47 Bousses, Bos du Hazan, 07 avril 2016Voir la publication du 15 mars 2018 sur ce même blog
Photographie de Michel BERGALASSE – Calignac, Lot-et-Garonne – Mars 2018
Le Vautour percnoptère (Neophron percnopterus) observé en mars 2018 en Lot-et-Garonne par Michel BERGALASSE et porteur de la bague M7C a, après un petit détour de quelques jours par l’Ardèche, été rejoindre son site de nidification dans le Vaucluse (84) où il s’est reproduit cette année. Cet oiseau a été bagué au stade juvénile, à l’aire, le 21 juillet 2011, il était donc dans sa 8ième année en 2018. Il est reproducteur depuis 2014 sur ce même site au sud du mont Ventoux.
Les programmes de baguages ont l’objectif dans savoir plus sur la dynamique de population, la dispersion, les échanges entre les populations, l’utilisation de dortoirs, les couloirs migratoires et les zones d’hivernage. Le contrôle des oiseaux porteurs de bagues est essentiel pour enrichir le suivi en informations. La population française se divise en 2 sous-populations : le Sud-Est et les Pyrénées. Une fois de retour en France, une dispersion prénuptiale peut conduire des oiseaux assez loin de leur site de reproduction !
Toujours dans le cadre du Plan National d’Action, un programme d’étude à l’aide de GPS, avec un suivi télémétrique, est en cours. Ceci afin d’approfondir les connaissances sur l’utilisation spatio-temporelle du territoire durant la reproduction notamment et d’avoir plus d’informations sur les routes migratoires et les zones d’hivernage. Actuellement 4 oiseaux sont équipés, 2 d’entre eux ont déjà fourni de belles informations sur la migration : plus de 6000 km parcourus en environ 25 jours pour aller passer l’hiver en Mauritanie…
A propos du PNA, c.f le lien : http://rapaces.lpo.fr/vautour-percnoptere/plan-national-actions.
Source : Bilan du programme de baguage – Suivis télémétriques du Vautour percnoptère (Neophron percnopterus) en France – Année 2018 – Erick KOBIERZYCKI – Responsable du programme personnel de baguage PP n°457 – Coordination technique Plan National Actions Vautour percnoptère 2015- 2024
Séjour au Portugal - Janvier 2019 : L’estuario de Tejo
Carte IGN POR01 Portugal 1:335000
Le lieu est grandiose ! Le Rio Tejo et le Rio Samora tergiversent ensemble dans un dédale de vasières saumâtres avant de se jeter dans l’océan Atlantique. Les habitats sont typiques : Le fleuve et ses bordures soumises à l’influence des marées permettent de vastes espaces intertidaux, un extraordinaire estran limoneux où viennent s’alimenter une foule d’oiseaux. Puis des zones à végétation halophile type « sansouires » où dominent la Soude (Sueda sp), les Salicornes (Sarcocornia sp ou Arthrocnemum sp…), les Obiones (Atriplex ou Halimione sp…). Puis des zones de polders avec des roseaux (Phragmites australis) et enfin, des immenses pâtures plus ou moins salées, bordées de Tamaris (Tamarix cf gallica), où paissent bovins et équins. L’élevage semble, hélas, diminuer et les pelouses, si riches pour la flore et la faune sont radicalement remplacées par la monoculture du riz. Même les lieux les plus intenses ont leurs problèmes. Le site est en partie classé dans le réseau européen Natura 2000, et un Centre d’Interprétation, EVOA, https://evoa.pt/ , en occupe une partie. La gestion de l’eau reste délicate, tant les objectifs des différents acteurs présents semblent contrariés par les nuances de leurs besoins dans l’espace et dans le temps.
Photographie Nicolas PINCZON, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019Photographie Nicolas PINCZON, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019
Photographie Benjamin VOLLOT, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019, envol d’Avocette élégante (Recurvirostra avocetta) au loin
Photographie Benjamin VOLLOT, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019, vol d’ Ibis falcinelles (Plegadis falcinellus)
Les populations d’oiseaux présentes sont impressionnantes. C’est tout d’abord un important site d’hivernage à cette époque pour des populations d’anatidés, de limicoles, d’ardéidés, de rapaces et de passereaux du nord de l’Europe et plus globalement d’Eurasie. Je retiens l’envol de plus de 5000 Sarcelles d’hiver (Anas crecca) d’un coup, pris en chasse par une "organisation" de Busard des roseaux (Circus aeruginosus) où 8 individus coordonnaient leur attaque pour probablement augmenter les chances de capture d’une proie pour l’un d’entre eux… Je retiens les vols synchronisés de plus de 8000 Barges à queue noire (Limosa limosa) devant les attaques du Faucon pèlerin (Falco peregrinus)… Je retiens le Gorgebleue à miroir blanc (Luscinia svecica ss esp cyanecula et namnetum, mais namnetum est largement plus représentée d’après la biométrie en main) planté en sentinelle sur un poteau de clôture avec quelques Tarier pâtre (Saxicola rubicola)… Je retiens les flopés de Moineaux domestiques (Passer domesticus) parmi lesquels se trouvent des Moineaux espagnols (Passer hispaniolensis)... Je retiens les très nombreux Pouillots véloces (Phylloscopus collybita ss esp collybita et tristis) moucheronnant dans les buissons, on entendait les becs claquer sans cesse… puis une Rémiz penduline (Remiz pendulinus) un peu solitaire… Je retiens les groupes bruyants d’Oies cendrées (Anser anser) qui s’alimentent sur l’estran… Je retiens les cris incessants des Chevaliers gambettes (Tringa totanus), des Chevaliers aboyeurs (Tringa nebularia), des Pluviers argentés (Pluvialis squatarola), des Grands Gravelots (Charadrius hiaticula) et des Bécasseaux variable (Calidris alpina), l’envol fugace d’une Becassine des marais (Gallinago gallinago), le vol sur place de l’Elanion blanc (Elanus caeruleus) ou celui du Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus), celui plus papillonnant du Busard Saint-Martin (Circus cyaneus) dans les près… Je retiens le soir, dans le soleil couchant, le déplacement tranquille des Spatules blanches (Platalea leucorodia) et des Flamants roses (Phoenicopterus roseus) vers leurs dortoirs respectifs, puis l’arrivée de plusieurs groupes de 4 à 5000 Ibis falcinelles (Plegadis falcinellus) et enfin, à peine affolé par tous ces va-et-vient, planant majestueusement dès que le soleil chauffe un peu, l’Aigle de Bonelli (Aquila fasciata) dont 2 individus, 1 adulte et 1 sub-adulte semblent attachés au site. La problématique des espèces exogènes est illustrée par la présence de petites populations férales d’Astrild ondulé (Estrilda astrild) et de l’Euplecte vorabé (Euplectes afer), tous deux sont originaires d’Afrique.
Photographie Nicolas PINCZON, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019, Chevêche d’Athéna (Athene noctua)Photographie Benjamin VOLLOT, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019, Gorgebleue à miroir blanc (Luscinia svecica) dans son habitat en hiver
Photographie Justine MÉZIER, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019, Moineau espagnol (Passer hispaniolensis), mâle en plumage d’hiver, en main
Photographie Nicolas PINCZON, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019, Rémiz penduline (Remiz pendulinus), mâle adulte, en main
L’objectif de mon séjour ici était de participer à une étude à long terme sur la démographie et sur la survie hivernale du Gorgebleue à miroir blanc nantais (Luscinia svecica namnetum) mis en place à titre personnel par l’ornithologue français Michel LECONTE, avec les autorisations de l’ICN Pt. L’Institut pour la Conservation de la Nature et des Forêts (ICNF) étant l’organisme gouvernemental portugais responsable du site N2000 et de sa gestion. La sous-espèce namnetum niche sur la côte atlantique française et hiverne au Portugal, en Espagne et jusqu’au Maroc. Les sites d’hivernage sont aussi importants pour la survie de la population que les sites de nidification. L’espèce semble territoriale même en hiver, et mâles et femelles défendent un territoire par le chant (tout comme le Rougegorge familier - voir la publication du 10 novembre 2018 sur ce même blog). Le domaine vital de l’espèce en hiver reste difficile à appréhender, les exigences semblent assez fines, les adaptations aux évolutions du milieu d’une année sur l’autre sont à affiner par davantage de connaissances. En nidification, l’oiseau occupe des habitats assez similaires, notamment dans le bassin d’Arcachon, l’estuaire de la Loire, les marais salants de Guérande…
L’étude utilise la méthode CMR (Capture-Marquage-Recapture), mais avec, en plus de l’identification par une bague métallique, un marquage coloré codé. Cela signifie la possibilité de contrôler les individus assez facilement de loin (aux jumelles) sans qu’il y ait la nécessité de les re-capturer systématiquement, sur ces mêmes lieux d’hivernage ou de reproduction par la suite. Cette technique n’affecte pas les oiseaux porteurs de bagues colorées. Nous avons pu réaliser 95 captures de l’espèce (dont des contrôles d’oiseaux bagués en France) en espérant des résultats grâce aux futurs contrôles des ornithos de terrain en capture ou à vue… Pour en savoir plus sur les déplacements (axes, phénologie, haltes migratoires…) une étude utilisant des enregistreurs de luminosités miniatures type GLS (Géo-Locateur Solaire) est en cours sur des individus mâles équipés au Portugal sur les sites d’hivernage, grâce à l’aide du Centre Ornithologique Suisse (SEMPACH) - F.LIECHTI, du Centre de Baguage de Lisbonne (ICNF - CEMPA) - V.ENCARNACAO, ainsi que des bénévoles de l’association française AROBA (Association pour la Recherche Ornithologique par la Baguage en Aquitaine). Connaître et protéger cette espèce garantie de faire plus attention à ces habitats, que sont les zones d’estuaire à végétation halophile, toujours menacés et fragiles, pourtant d’essentiels sites de reproduction et d’hivernage pour beaucoup d’espèces spécialistes.
Photographie Nicolas PINCZON, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019, Gorgebleue à miroir blanc nantais (Luscinia svecica namnetum), mâle, en mainPhotographie Nicolas PINCZON, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019, Gorgebleue à miroir blanc nantais (Luscinia svecica namnetum), individu avec marquage couleur
Bibliographie, quelques pistes :
– Bird of the iberian péninsula – E. de Juanan, E. FJ Garcia – éd BLUMSBURY, 2015
– Etude de la population de Gorgebleue à miroir blanc (Luscinia svecica namnetum Mayaud, 1934 ; Muscicapidae) se reproduisant autour du Bassin d’Arcachon (France, Gironde, 33) – M. Leconte, Ch. Paucot, F. Dupuy, L.Couzy, S.Carbonnel & P.Bulens – Bull. Soc. Linn Bordeaux, Tome 147, nouv. Série n°40 (2), 2012 : 159-173
– Breeding origins and pattern of migration of Bluethroats Luscinia svecica wintering from Iberia to Senegal as revealed by stable isotopes – J.Arizaga, S.L. Van Wilgenburg, D.Alonso, J.A. Cortés, M.Leconte, H. Rguibi, T. Valkenburg, P. Vera & K. A. Hobson – Bird study, 63 :2, 196-202, 2016
– La Gorgebleue – M.C Eybert, P. Bonnet, T.Geslin, S.Questiau – Collection Approche – éd BELIN Éveil nature, 2004LSD, LA SERIE DOCUMENTAIRE - FRANCE CULTURE
Cette semaine sur France-Culture 4 émissions de 55 minutes, des propos plutôt angoissants mais… à écouter absolument :
LSD, LA SERIE DOCUMENTAIRE A 17:00
Bienvenue dans l’anthropocène ! (1/4) : Où le vivant s’effondre
https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire
Photographie issue du site www.franceculture.fr
Solstice d’hiver :Les agapes festives d’un oiseau minuscule
samedi 22 décembre 2018, par Nicolas Pinczon Du Sel
Bonnes fêtes de fin d’année à tous !
Je voulais écrire un petit mot sur la Sauterelle de Noël (Cyrtaspis scutata). Il s’agit d’une minuscule sauterelle arboricole de la sous-famille des meconematinae qui vit dans la canopée, de chênes essentiellement, et qui semble assez commune dans le Sud-Ouest. Un autre nom vernaculaire est utilisé, c’est le Méconème scutiger, du fait de la forme de son pronotum (armature qui couvre le thorax) en petit bouclier. D’après le Littré : de scutum, bouclier et gerere, porter. Cette espèce se remarque bien dès le mois de septembre, mais ses populations ont la particularité de perdurer très tard dans la saison jusqu’à l’hiver. Elle émet un ultra-son à environ 22-23 khz au détecteur en hétérodyne (Voir l’article : le sonotone du naturaliste publié le 01 juillet 2018 sur de ce même blog), un claquement sec et fort, très net, en série : « Tac, tac tac… ». C’est une véritable cacophonie dans la nuit à la lisière des chênaies ! Mais le port du bouclier ne suffit pas toujours… voilà qu’un Roitelet triple-bandeau (Regulus ignicapilla), un brin cynique, lui a volé la vedette !! Un authentique festin pour lui !! Cet oiseau est une espèce également très commune dans le Sud-Ouest, en montagne comme en plaine, surtout si il y a, parmi les bois, quelques végétations toujours vertes : conifères (des espèces d’ornement souvent mais aussi le Genévrier commun), Laurier-sauce, Arbousier, Nerprun alaterne, Lierre… Ce petit nain ne pèse pas plus de 6,5 grammes !
Dans la lumière de l’hiver… ainsi va la vie !
Photographies 1 et 2 : Roitelet triple-bandeau (Regulus ignicapilla) ayant capturé une Sauterelle de Noël (Cyrtaspis scutata) – Photographie de Geoffroy CHABOT – 64-Biarritz – 04 février 2015A propos de l’auteur
Animé très jeune par l’observation des animaux, je concrétise ma passion en arpentant les forêts, montagnes, rivages et autres marécages, les jumelles au cou, le carnet de notes en main, un guide d’identification toujours ouvert… à 22 ans je passe plus d’une année dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises pour étudier les Pétrels, les Prions, les Albatros, les Manchots...
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