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L’oiseau qui chante quand les jours raccourcissent.
Une balade en forêt, à la campagne, dans son jardin en plein mois de septembre, d’octobre ou même de novembre ne laisse pas de doute : les oiseaux chantent ! Le printemps est pourtant loin ! Le chaud mois d’août avait, lui, été particulièrement silencieux. Il est très net que certaines espèces redeviennent plutôt volubiles alors que la belle saison s’achève pour de bon, que l’humidité arrive, que les feuilles jaunissent, que les bois sentent le champignon… des oiseaux se contentent alors d’un « sub-song » c’est-à-dire d’un proto-chant, composé des strophes habituelles mais moins structurées, en plus doux, plus hésitant, comme si ces oiseaux étaient atteints d’une sorte de timidité. Ainsi la Mésange charbonnière (Parus major), la Fauvette à tête noir (Sylvia atricapilla) – voir l’article du mardi 17 avril 2018 de ce même blog – le Pouillot véloce (Phylloscopus collybita) émettent ces strophes chantantes atténuées. Il peut s’agir d’oiseaux de l’année qui « répètent » leurs gammes ! Bien qu’une composante génétique existe, les jeunes oiseaux chanteurs (Ordre des Passeriformes, sous-ordre des Oscines) copient le chant des adultes, appris alors qu’ils étaient encore au nid ou à ses alentours, avant de se l’approprier pour de bon. Cet apprentissage permet de répondre à la question « pourquoi les oiseaux chantent » par « parce que leurs parents chantaient ». Cette réponse, qui a l’air un peu facile à première vue, est loin d’être simple. Elle sous-entend toute une dimension adaptative pour une espèce qui est transmise de génération en génération. C’est une transmission culturelle qui comprend donc les accents locaux. Ces « dialectes » permettent de mieux cerner les sous-populations d’une espèce. Le sujet est passionnant !! Mais, dans ces chaleureuses mélodies de buisson, il semble qu’un oiseau, lui, ne fait pas semblant ! En plein mois d’octobre, il bat les records d’audience, en formulant un chant assidu, soutenu et plein de vigueur. Ce chant c’est celui du Rougegorge familier (Erithacus rubecula). Bien qu’il chante aussi au printemps, le chant riche, mélodieux, au timbre très particulier, un peu mélancolique, du Rougegorge peut vraiment être associé à l’automne.
Il faut dire que cette espèce a la particularité d’avoir un territoire en hiver. Un territoire à défendre et uniquement pour s’alimenter donc. Encore une adaptation originale pour cet oiseau qui, probablement afin de maintenir des chances de survie plus importantes, a opté pour passer l’hiver en solitaire sur un petit habitat idéal qu’il défend et qui lui permet d’avoir le nécessaire pour survivre : un coin tranquille, avec des arbres, un sol plutôt dégagé comme un sous-bois ou une pelouse, ce qui lui permet de chasser à l’affût. L’oiseau est insectivore ou frugivore en hiver. L’Espagne, le Sud-Ouest de la France et même l’Afrique du Nord accueillent des populations de Rougegorge familier pour la période hivernale issues des zones plus nordiques comme l’Allemagne, la Pologne, la Scandinavie, la Russie… On a l’habitude de croire que le chant des oiseaux n’est que l’apanage des mâles, on sait maintenant que pour certaines espèces les femelles chantent aussi bien que les mâles ! C’est bien le cas pour l’Accenteur mouchet (Prunella modularis), pour l’Accenteur alpin (Prunella collaris)… et pour notre Rougegorge familier également ! Chanter, c’est incontestablement prendre le risque d’être repéré par un prédateur. Comme l’Épervier d’Europe (Accipiter nisus) par exemple. C’est pour cela que des réponses adaptatives ont probablement supprimé le chant chez les femelles des espèces de beaucoup oiseaux d’Europe. Mais, à propos du Rougegorge, l’égalité dans la pratique du chant pour les deux sexes permet sans doute à la femelle de défendre son petit arpent hivernal afin d’avoir, elle aussi, toutes ses chances pour préparer la saison de reproduction. Un exemple de parité incontestable.
Un enregistrement de Rougegorge familier effectué par Jarek MATUSIAK – 30/03/2018 – POLOGNE. Source : www.xeno-canto.orgEuropean Robin (Erithacus rubecula)Jarek Matusiak/xeno-cantoPhotographie : Rougegorge familier (Erithacus rubecula) – Photographié au palais des thés du jardin de Compans Caffarelli, à Toulouse – 18/02/2012 – Photographie de Pierre SELIM
Bibliographie :
– Pourquoi les oiseaux chantent-ils ? – V.BRETAGNOLLE – Le Pommier, 2005
– La voix des oiseaux – Une nouvelle approche des cris et des chants – M.CONSTANTINE – Delachaux et Niestlé, 2008
– Le Rougegorge – G.OLIOSO, M.OLIOSO – Les sentiers du naturaliste - Delachaux et Niestlé, 2007
– La hulotte, n°103 – Le Rougegorge - Pierre DEOM, 2015Quelques aspects hallucinants du phénomène !
Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) – Ce rapace vient des lacs de forêts d’Écosse, de Scandinavie, de Russie et va passer l’hiver dans les secteurs Ouest-Africains du Niger, Mali, Sénégal et plus au Sud… En chemin, il lui faut de quoi attraper quelques poissons pour se restaurer, sur les fleuves, les étendus d’eau – Aiguillon 47, 31 août 2018 - Photographie : Geoffroy CHABOT
Quelques généralités : Toutes les espèces d’oiseaux sont susceptibles de pouvoir migrer… En quelques générations elles peuvent développer ou parfois stopper un comportement migratoire. Au sein d’une même espèce, certaines populations sont migratrices, d’autres sont sédentaires (c’est le cas du Pigeon ramier - Columba palumbus). L’histoire des populations d’oiseaux montre que certaines espèces ont inclus, depuis longtemps, de manière importante, voire essentielle, le fait de migrer au cours de leur cycle de vie. Il y a donc des champions de la migration ! La migration comprend le voyage lui-même, ainsi que les haltes qui permettent de se reposer et de se restaurer. Les zones d’hivernages sont parfois des lieux très précis et aussi importants, pour la survie d’une population d’oiseaux, que la zone de nidification. Sur la zone d’hivernage il y a des périodes de mue des plumes, du repos, des rencontres de futures partenaires parfois, une mise en condition physique pour la reproduction suivante… Si certains individus peuvent « s’égarer » et, pour certaines espèces, peuvent « explorer » de nouveaux territoires et être ainsi pionniers pour éventuellement coloniser un secteur (apparaissant là où on ne les attend pas), le trajet migratoire des oiseaux n’est pas une errance mais bien un voyage. Selon l’endroit où, nous Humains, nous habitons, il est possible de voir les choses de 2 façons, par exemple :
– Pour ceux qui habitent en Europe du Nord : les oiseaux fuient l’hiver froid, le manque de nourriture et descendent vers les tropiques pour passer l’hiver au chaud…
– Pour ceux qui habitent en Afrique : les oiseaux fuient la chaude saison des pluies, laissent la place aux oiseaux locaux sédentaires, recherchent plus de ressources alimentaires pour la reproduction et montent rapidement vers les riches habitats du court été boréal…
Mais aucun oiseau ne fuit ni ne cherche… c’est simplement que l’espace qui permet tous les cycles vitaux de certaines espèces, est compris, en fonction des saisons, entre le nord de l’Europe et les tropiques. En quelque sorte, toutes les latitudes de l’hémisphère Nord sont exploitées, et même au-delà de l’équateur pour des espèces comme l’Engoulevent d’Europe (Caprimulgus europaeus), la Martinet noir (Apus apus). C’est vaste certes… mais c’est comme cela que les populations d’oiseaux migrateurs vivent… Ce sont des voyageurs sans frontières, aux capacités de vol exceptionnelles.
Beaucoup de comportements migratoires sont issus de la fin de la période glaciaire, il y a maintenant plus de 10 000 ans. Des espèces qui habitaient au sud ont profité des nouveaux espaces libérés par la fonte des glaciers. Les premiers mouvements migratoires des espèces nicheuses en été en Europe, étaient bien de monter vers le Nord ! De même, dans le cas de migration altitudinale, des oiseaux profitent de l’été pour se reproduire et montent entre 2 et 3000 mètres, puis redescendent au fond des vallées ou dans les plaines, pour passer l’hiver, comme le Pipit spioncelle (Anthus spinoletta), le Tichodrome échelette (Tichodroma muraria). Migrer c’est donc aller se mettre où la reproduction est possible. Les oiseaux semblent optimiser cette période de reproduction, les conditions sont idéales mais souvent très brèves.
Bien qu’il soit possible d’observer un peu partout la migration des oiseaux, dans le Sud-Ouest, certains sites s’y prêtent plus particulièrement : les cols Pyrénéens comme le col du Soulor, le col d’Orgambideska, ainsi que les caps maritimes comme la Pointe de Grave… permettent d’observer des vols très concentrés. Dans le Lot-et-Garonne, le Pech de Berre a parfois, certains jours d’automne (migration post-nuptiale) ou de printemps (migration pré-nuptiale), un flux relativement visible. On y observe essentiellement des rapaces comme les Milans (noir et royal), Bondrée apivore, Buse variable, Balbuzard pêcheur, Circaète Jean-le-Blanc, Busards (des roseaux, saint-martin…), Épervier d’Europe, Faucons (crécerelle, hobereau, émerillon, pélerin…), des Cigognes (noire et blanche), la Grue (cendrée), de nombreux passereaux : Pigeon ramier, Pinsons (des arbres et du Nord), Pouillots (fitis et véloce), Rougequeue à front blanc, Traquet motteux, Gobemouche noir… etc
Voici 3 aspects extraordinaires de la migration des oiseaux (parmi beaucoup d’autres) :- Métabolisme :
Pour voyager il faut de l’énergie. Même si beaucoup d’espèces utilisent les courants aériens ascendants, les vents… le corps d’un oiseau qui voyage a un métabolisme 10 à 15 fois plus actif qu’au repos. Les muscles réclament des sucres, des acides gras, des protéines… Afin de stocker ces réserves de carburant, l’oiseau à la possibilité d’être hyperphage . Une boulimie contrôlée pour certains petits limicoles (genre Bécasseaux), ou pour la Fauvette des jardins (Sylvia borin) qui peuvent prendre rapidement 2 fois leurs poids habituels. Tout l’organisme en lien avec la digestion de l’oiseau se transforme de manière très temporaire, le foie grossit, l’intestin se rallonge… Mais, dès que la masse corporelle optimum est atteinte, le processus s’arrête et les organes reprennent leurs tailles initiales, voire s’atrophient, afin d’alléger la masse corporelle. Le départ est…imminent ! - Orientation :
Parmi les différentes possibilités physiologiques que les oiseaux possèdes pour s’orienter, associées aux « messages codés » d’origine génétique de l’espèce, il y a l’utilisation du soleil et des certaines étoiles comme repères (les oiseaux voient les ultra-violets et la lumière polarisée), il y a l’odorat (certaines espèces ont le sens olfactif extrêmement développé !), il y a la mémorisation des lieux (l’expérience), il y a les informations sensitives que les plumes transmettent quant aux mouvements de l’air, mais le plus hallucinant de toutes ces capacités, c’est la possibilité de voir le champ magnétique terrestre ! Comme cela nous paraît étrange ! Des « lignes perceptibles dans le ciel » indiqueraient des angles d’inclinaisons, des intensités magnétiques !! Avec une capacité à les analyser. Une authentique boussole perfectionnée… voilà ce que, l’air de rien, nos migrateurs ont dans les yeux ! - Athlète de haut niveau :
La Barge rousse (Limosa lapponica) niche autour du cercle polaire arctique durant l’été. Une population (celle de la sous-espèce L.l.baueri) part d’Alaska pour passer le reste de l’année en Nouvelle-Zélande. La Barge rousse est un limicole (comme les Bécasses, Bécasseaux, Chevaliers…) d’environ 350 g, qui vit dans les habitats humides, les baies, les rivages, les marais, la toundra… Cette espèce est capable d’effectuer, lors du vol de migration post-nuptial, en une seule traite la liaison entre ces 2 zones importantes pour elle ! Soit dans les 11 000 km en 8 jours de vol sans arrêt au-dessus de l’océan Pacifique !! Cela me laisse baba. Visiblement, il y a bien des avantages pour l’espèce à avoir évolué pour accomplir tous les ans cet exploit. Par contre, dans le sens inverse, lors de la remontée vers le Nord, l’oiseau utilise quelques étapes, cela rallonge le chemin mais le repos est possible.Barge rousse (Limosa lapponica sp) lors de sa remontée prénuptiale vers le nord - Estuaire de la Gironde, mai 2019 - Photographie : N.PINCZON
Je n’insiste pas sur les difficultés que les oiseaux rencontrent de plus en plus pour migrer : changement climatique, pollution lumineuse, dégradation des habitats de halte et de repos, dérangement…
Traquet motteux (Oenanthe oenanthe) lors de sa remontée pré-nuptiale vers le Nord - Cuq 47, 15 avril 2017 - Photographie : N.PINCZON
A lire et à voir absolument, bibliographie :
La migration des oiseaux, comprendre les voyageurs du ciel – Maxime ZUCCA – éditions Sud-Ouest, 2015
THE MESSENGER - Le silence des oiseaux – Documentaire de SU RYNARD – Production SONGBIRDSOS & FILM A CINQ
Biodiversité : Où en sommes-nous avec le Grand Pan ?
mercredi 19 septembre 2018, par Nicolas Pinczon Du Sel
Sauver ou civiliser le sauvage ?
Pan, divinité de la Nature – Mythologie Grecque – Mosaïque romaine, Genazzano, Italie. Photographie : Miguel HERMOSO - Wikimédia
L’ensemble de notre faune sauvage est touchée dans son intégrité. Nous vivons un bouleversement écologique : Artificialisation des paysages par les infrastructures humaines toujours en expansion et par l’agriculture industrielle, pollutions et intrants chimiques, fragmentation des habitats qui isole des petites populations animales, perte de diversité génétique, réchauffement climatique, apparition d’espèces exogènes envahissantes (ou invasions biologiques), hybridations d’espèces, surpâturage, surpêche, monoculture forestière, fermeture par une récente végétations des habitats pastoraux ancestraux abandonnés, asséchement des zones humides, eutrophisation de l’eau, perturbations diverses notamment dues au tourisme, à la chasse, aux loisirs…etc C’est une catastrophe pour beaucoup d’espèces spécialistes et il y a un maintien des espèces généralistes. Un certain nombre d’espèces animales perdent leur autonomie et dépendent plus ou moins des activités humaines : Les décharges à ciel ouvert, les rejets organiques agricoles ou ceux de la pêche industrielle, la présence de populations artificielles de proies abondantes (Pigeon biset domestique, Rat surmulot…)… tout cela entretient certaines populations animales sauvages. De plus, tous nos modes de transport sont utilisés par les insectes. Le commerce et la détention privée de la faune sauvage sont certainement sous-contrôlés par une législation trop complexe. Paradoxalement, des populations importantes d’animaux domestiques, notamment les chats (Felis silvestris catus) en France, deviennent « férales » (« farouches ») et sont livrées à elles-mêmes aux abords des habitations ou non, dans un processus de domestication… inversé !
Alors ? Reste-t-il un peu de sauvage quelque part ? Comme nous en rêvons, comme nous le fantasmons ? Dans les grands espaces où les animaux sont libres, mystérieux, primitifs… souvent imagé par la photo du regard perçant, jaune et profond, du loup.
Avouons-le, nous n’aimons que dans une certaine limite ce fameux sauvage… la nature nous fait peur ! Trop imprévisible ! Trop étonnante ! Trop inventive ! D’ailleurs, certains d’entre nous, ne semblent exister que par opposition, et par l’idée d’un combat entre l’Homme et la Nature… ceux-là en seraient-ils encore au néolithique ?... Nous en sommes et cela est ridicule, à vendre de l’eau minérale en utilisant l’image adorable de petits oursons qui jouent dans la montagne, alors que nous sommes incapables d’être tous d’accord pour accepter, un minimum, la réelle présence de l’Ours brun dans quelques vallées Pyrénéennes. Aurions-nous quelques problèmes avec la réalité ? Avec le vrai de vrai ? A moins qu’il ne s’agisse du fait que les enjeux nationaux ou européens qui concernent la Nature se politisent de plus en plus. La Nature réveille les militantismes de tout poil ! Une manière d’exister, pour certains là encore. Ils agissent, et sur-jouent, dans une perte flagrante d’identité, une nostalgie des temps révolus, et parfois dans le mortifère besoin de dominer...
La Nature telle qu’elle est, n’a pas de droit à l’image. Tout est permis, et même si cela cultive des représentations très négatives d’elle. Il y a un exemple récent avec la campagne contre le harcèlement sexuel dans les transports en commun en Ile de France début 2018, où Ours, Loups et Requins représentaient les harceleurs… et par la même voilà nos harceleurs animalisés... donc sauvages, donc incontrôlables... inéducables ? En ce qui concerne la représentation de la Nature, heureusement que certains documentaires animaliers extraordinaires rattrapes le coup. Qui ne connait pas l’étonnant festival du film animalier de Ménigoute dans les Deux-Sèvres ?
Les animaux sauvage sont aussi, à travers les parcs animaliers, les zoos, un bien de consommation. Un spectacle parfois un peu misérable. Bien que je pense que ces structures ont aussi un rôle éducatif ou de sensibilisation pour le grand public, ce qui reste intéressant dans certains cas. La Réserve zoologique de la Haute-Touche dans l’Indre en est un exemple.Affiche dans le métro à Paris - Mars 2018 - L’agence de com qui fait dans la mythologie et qui se prend pour Circé !! - Photographie : N.PINCZON
Nous semblons vite troublés par la notion de « population » animale. Perdons-nous l’habitude de la multitude ? Nous sous évaluons la capacité d’accueil d’une nature saine. Sur un ressenti très subjectif j’entends dire parfois : « ça grouille, ça pullule, y en a partout… » et cela signifie la nuisance, l’incontrôlable… Celui qui ne supporte plus les grenouilles chanter les soirs d’été dans la mare voisine dénote d’un snobisme certain. Retenons des générations précédentes les récits des immenses vols vespéraux du Hanneton commun (Melolontha melolontha) au-dessus des forêts tous les 3 ans par exemple. Une cohorte de prédateurs se régalait. Transmettons nos observations aux générations futures… l’omniprésence des oiseaux et des papillons dans les campagnes lorsque j’étais enfants dans les années 1970, ou les milliers et milliers de Prions bleus (Halobaena caerulea) qui arrivaient de l’océan Indien austral, le soir, aux îles Kerguelen (TAAF) en 1988… les oiseaux marins peuplaient tout le vaste horizon en une masse absolument innombrable juste avant la nuit noire. A perte de vue les milliers de petites silhouettes s’agitaient au-dessus des embruns sombres… j’entendais déjà l’immense rumeur de leurs chants, comme un concerto pour flûte de Pan.
Bon, le Sanglier d’Eurasie (Sus scrofa) semble objectivement, lui, vraiment trop abondant ! Il n’y a pas que moi qui le dis. Son impact sur les écosystèmes est… catastrophique !
Notre gestion très moderne (mais pas toujours raisonnée) du sauvage permet de l’accepter, parfois de le maintenir : Plan de sauvegarde, réserves naturelles, parc nationaux et régionaux, réseau Natura 2000, mesures compensatoires, dispositifs divers… et nous pensons le contrôler par le « tir sélectif » de certaines espèces endogènes (Loup d’Europe (Canis lupus lupus), Grand cormoran (Phalacrocorax carbo sinensis)…), ou par la stérilisation (Insectes, Goéland leucophée (Larus michahellis)…). Dans l’idée d’étudier, avec une capacité à maitriser un phénomène, il faut mentionner également l’utilisation régulière du suivi télémétrique par différents systèmes (Récepteur satellite, géolocalisateur ou géolocateur solaire…) pour suivre les déplacements migratoires de nombreuses espèces (le projet ICARUS développé par notamment the Max Planck Institut for Ornithology est assez impressionnant c.f : www.icarusinitiative.org). Certaines populations de mammifères ou d’oiseaux, emblématiques, sont entretenues artificiellement : l’Ours brun (Ursus arctos) dont il faut apporter des effectifs dans les Pyrénées ou les différentes espèces de Vautours, comme le Vautour moine (Aegypius monachus) dans le Massif central, la Cigogne blanche (Ciconia ciconia) en Alsace dans les années 1970…
Parquer et gérer le sauvage ? Cela semble être un contre-sens, non ?
Souvent représenté par la férocité… le mot « sauvage » à l’origine salvaticus ou silvaticus signifie qui habite la forêt. Une zone sans code, où l’on craint la civilisation et où on peut même se réfugier en se sauvant. Une zone sans contrôles. Ingérable. Les deux mots « civil » et « sylve » semblent donc diamétralement opposés dans leur sens.
Mais, par les modes de gestion que nous proposons, ne sommes-nous pas en train de civiliser notre Nature ? Et le Sauvage sera-t-il pour autant anéantis ?
Les espèces dites sauvages évoluent et subissent toujours une sélection naturelle. Même si elles dépendent de ressources crées par l’activité humaine, elles sont probablement capables de se réhabituer à des ressources plus naturelles, bien qu’il doit y avoir au fil des générations une perte d’expérience probablement, une perte de transmission de pratiques alimentaires ? Pourvu que ces espèces soient un tant soit peu « plastiques ». Ces espèces gardent leurs systèmes sensoriel et nerveux ultra perfectionnés pour survivre. Si on garde son sens d’origine, le sauvage est bel et bien là. Certes il a perdu un peu de son panache : le fauve libre. Donc, pas de panique… le sauvage est là… une nature en évolution résiste malgré tout à notre civilisation. Mais c’est surtout parce que l’incontrôlable persiste. La représentation du sauvage devrait évoluer rapidement. A la place du regard sauvage du loup, ne devrions-nous pas nous habituer aussi à l’indomptable en regardant le nuage qui se boursouffle ? Lorsqu’il devient jaune souffre et qu’il reste très incertain quant à son évolution en tempête… La foudre qui frappe d’un coup ? L’indomptable encore dans ces nouveaux insectes venues de loin (Moustiques, Pyrales, Coccinelles, Punaises, Frelons, Fourmis, etc…) et dont le caractère envahissant des populations est flagrant. Que dire des agents pathogènes que nous découvrons toujours et qui restent tout à fait inquiétants…Formation de nuages au dessus des Pyrénées. Idron 64 - Août 2017 - Photographie : N.PINCZON
Par un phénomène étonnant, quelques rares espèces endogènes, d’origine eurasiatique, particulièrement sauvages, semblent tenter une expansion, ou semblent regagner un terrain perdu… Comme si des scénarii imprévisibles restaient toujours en couveuse. Dame Nature a bien plus d’un tour dans son sac ! Ces espèces profitent sans doute d’une baisse des populations humaines rurales, donc des pratiques de gestion de ces espaces semi-naturels. Je pense, notamment, à la Cigogne noire (Ciconia nigra), au Pic noir (Dryocopus martius), à l’Élanion blanc (Elanus caeruleus) et évidemment, au Loup d’Europe (Canis lupus lupus)…
La représentation du sauvage par l’image de l’œil du loup n’est donc finalement pas si démodée. Utiliser celle du Moustique tigre (Aedes albopictus) s’avère aussi de plus en plus pertinente. Le Moustique tigre est à la fois incontrôlable et sait s’infiltrer dans les interstices de la civilisation. Un pneu sous la pluie, un pot de géranium bien arrosé devient… une sylve.
Quant à notre bonne vieille faune traditionnelle ou commune, autrefois si sauvage… elle est à notre merci ! Elle semble heureusement entrer en résistance. Un peuple en résistance contre la dictature démesurée de notre civilisation.
Engluées dans les contraintes environnementales que nous imposons, la faune et la flore commune gardent parfois une étonnante vigueur. Une modernité. Pas toujours cependant, car certaines populations disparaissent ne pouvant relever le défis de subsister dans ces conditions. Les cartes de répartitions se redessinent laissant des vides, des zones blanches, comme quand l’eau se rétracte en gouttes éparses sur une vitre mouillée. Voici une liste rapide pour le plaisir des mots : certains Traquets, Gobe-mouches, Pie-grièches, Outardes, Râles, Butors, Busards, Faucons, Macareux, chouettes, Guifettes, Alouettes, Genette, Marsouins, Mustélidés, Chiroptères, Hérissons, Musaraignes, Campagnols, Anguilles, Flore des prairies naturelles, Gastéropodes, Batraciens, Reptiles, Papillons, Odonates, Coléoptères, Orthoptères… etc, s’acharnent à habiter le territoire, aussi compliqué parfois que cela soit. Ils résistent. Même si ils perdent des effectifs, ils s’adaptent, ils inventent, ils évoluent… ils sont parfois étonnement modernes. Il me semble qu’ils attendent… peut être des jours meilleurs ? J’admire leur présence parfois… je ressens souvent beaucoup d’émotion en observant cette faune. Pourtant, combien de populations animales sauvages françaises, qui font parties intégrante de notre culture, sont en train de disparaître ? Des oiseaux comme la Pie-grièche grise (Lanius excubitor), le Butor étoilé (Botaurus stellaris), le Râle des genêts (Crex crex), l’Outarde canepetière (Tetrax tetrax) ne seront-ils bientôt plus que des images ? Et que dire du Vison d’Europe (Mustela lutreola), petit mammifère carnivore dont les effectifs sont devenus… si dérisoires !Faucon pèlerin (Falco peregrinus ) sur la flèche de l’église Ste Foy en pleine ville d’Agen 47. Je ne crois pas que l’oiseau soit très pieux, mais c’est un vrai citadin, mangeur de Pigeon biset domestique et d’Étourneau sansonnet ! Avril 2015 - Photographie : N.PINCZON
Finalement, dans l’œil du loup, je ne vois qu’une infinie tristesse (cela me fait penser au livre de Daniel Pennac, L’œil du loup, éditions Pocket-Junior, 1997), comme si nous avions raté quelque chose avec le sauvage. Dans celui du moustique je perçois un défi. Non pas d’essayer de l’éradiquer à jamais, mais juste, implicitement, de le remettre à sa place…
Et le Grand Dieu Pan, lui, traqué, spolié… il rase les murs !
Un très bon document en bande-dessinée et en ligne pour ceux qui s’intéressent aux fourmis : www.laguerredesfourmis.com
Formicines – Camponotus vagus ? (détermination incertaine) - Ouvrière sortant d’une souche d’arbre. Juillet 2015 - La Réunion 47 – Photographie : N.PINCZON
Bibliographie : Guide des fourmis de France - Thibaud Monnin, Xavier Espadaler, Alain Lenoir, Christian Peeters - éd Belin, 2013Des hirondelles en augmentation démographique ?
Hirondelle de fenêtre (Delichon urbicum), groupe cherchant de la boue sur un parking pour construire leurs nids - Boulevard de la Liberté, 47 Agen - Mai 2016 - Photographie : N.PINCZON
En Suède, la minuscule colonie d’Hirondelle de fenêtre (Delichon urbicum) de l’île de Stora Karlsö en mer Baltique est, contrairement aux autres populations européennes, en augmentation démographique ! Cette colonie se nourrit d’une espèce de chironome (des diptères) qui vivent grâce à l’abondante couche de guano des oiseaux de mer. Quant à eux, oiseaux « marin-pêcheurs », il s’agit du Guillemot de troïl (Uria aalge) et du Pingouins torda (Alca torda)… qui s’alimentent du Sprat (Sprattus sprattus) un poisson de la famille des clupéidés (les harengs, sardines, anchois…). Sur cette île, ces deux espèces d’alcidés sont aussi en augmentation démographique ! Vous imaginez bien que le Sprat, leur proie, lui aussi a des populations qui se portent bien… Quand des populations animales aussi singulières sont en augmentation, par les temps qui courent, c’est bien qu’il y a quelque chose qui se passe quelque part pour provoquer cette dynamique positive. Surtout si ces phénomènes sont très locaux, il y a toujours moyen de chercher une réponse. En l’occurrence, suite à une étude effectuée sur cette île, évaluant la teneur en isotopes stables de l’azote et du carbone des plumes de différentes espèces locales d’oiseaux, mettant en évidence la dépendance de l’Hirondelle de fenêtre au réseau trophique marin, la cause a été déterminée : il s’agit de l’effondrement des bancs de la Morue de l’Atlantique (Gadus morhua) ou Cabillaud. La surpêche pratiquée depuis des décennies a considérablement réduit les "stocks" de cette espèce… Le super-prédateur disparait et… les souris dansent ! Davantage de sprat, davantage de guillemots et de pingouins, donc plus de guano… et plus de chironomes !! Et voilà nos hirondelles bien nourris. Alors, globalement, faut-il manger de la brandade, du foie de morue ou du bacalhau a bras (plat Portugais) pour sauver les hirondelles ? En ce qui concerne cette petite population de l’île de Stora Karlsö en mer Baltique, qui dépend d’un réseau trophique marin bien étoffé… oui ! Mais pour l’essentiel des autres populations, qui dépendent de réseaux trophiques terrestres, cela n’aura évidemment aucune incidence. Il serait même souhaitable que nos descendants apprécient ces recettes faites avec l’excellente Morue… donc que nous nous abstenions d’en manger un peu ! Ceci afin de permette à cette espèce de poisson (à forte valeur culturelle) de reconstituer des populations solides… Pouvons-nous en avoir plus que la conscience ? Les Hirondelles de fenêtre de Stora Karlsö seront toujours là...
En attendant, estimons-nous heureux que l’architecture des boulevard Carnot et de la Liberté à Agen mais également celle des façades de l’hôtel du Département du Lot-et-Garonne puisse permettre l’installation de plus d’une centaine de couples d’Hirondelle de fenêtre (Delichon urbicum) et que la vallée de la Garonne permettent encore à ces hirundinidés de s’alimenter de mouches et autres moustiques… Mais comment étaient les colonies autrefois ? Comment seront-elles demain ? De quel système trophique nos Hirondelles urbaines dépendent-elles ? Quels événements peuvent sournoisement perturber cet écosystème ? On imagine bien sûr une baisse, déjà effective, des populations de certaines espèces d’insectes du fait de la pollution atmosphérique, de l’utilisation d’insecticide, du manque de matière organique en décomposition, des problèmes d’eutrophisation de l’eau, du réchauffement de la Garonne pour les espèces d’insectes aquatiques… Et puis… les bâtiments modernes ne permettent pas toujours l’installation de leurs nids !
Vous pouvez aller les admirer 5 minutes sur le « boul », jusqu’au mois de septembre. Observez les nids à quelques mètres sous les balcons ou dans les ornements architecturaux, les jeunes qui attendent, les allées et venues des parents, leurs incessants petits cris roulés : prliiip, prliiip… elles sont vraiment réjouissantes !
Bibliographie : Oiseaux et changement global, menace ou aubaine ? – Jacques BLONDEL – Editions QUAE, 2015
Hirondelle de fenêtre (Delichon urbicum) - Boulevard de la Liberté, 47 Agen - Mai 2016 - Photographie : N.PINCZONEcouter les cris et les chants ultrasonores avec un détecteur.
La communication animale est souvent assez perfectionnée. Surtout au moment des parades, quand la sélection sexuelle oblige les futurs reproducteurs potentiels à démontrer leurs talents de costumier, de danseurs, de chanteurs… Histoire, si possible, de transmettre leurs gènes. C’est l’offre et la demande. Les mâles paradent et les femelles ont le délicat rôle de choisir les meilleurs. Pour les mâles, il s’agit d’exister, de prouver sa vigueur, donc aux yeux des femelles… mais aussi à leurs oreilles ! Chant des oiseaux, des batraciens, des insectes… tous ces sons emplissent l’été, le soir, la nuit… et le matin dès l’aube… un concert permanent ! La gamme des fréquences utilisées est parfois à notre « hauteur », notre acuité auditive nous permet d’entendre entre 20Hz et 20 000Hz. Pour le règne animal, qui peut foisonner de diversité, l’amplitude sonore utilisée peut être bien plus vaste que cette « étroite » fenêtre. La vie, par l’évolution, a vite mis au point des échanges acoustiques soit à de très basses fréquences, notamment dans les milieux aquatiques (les cétacées utilisent les infrasons), soit à de très hautes fréquences comme en milieu aérien. Il est fréquent de le constater chez les Chiroptères (Chauves-souris) et chez les insectes ! Fréquent de le constater… enfin… encore faut-il avoir des oreilles qui entendent au-delà de 20 000 Hz… La nature, qui nous doté, nous les humains, d’un magnifique gros cerveau très performant, ne nous a que modérément gâté en ce qui concerne les sens ! Indispensable d’avoir avec soi une paire de jumelles pour voir de loin, une loupe pour voir de plus près… et en ce qui concerne les sons, certains scientifiques ont travaillé avec des physiciens pour mettre au point le moyen d’explorer le monde ultrasonore. C’est donc muni d’un détecteur d’ultra-sons que je me balade, souvent le soir et la nuit. Un Pettersson D240X :
Sur certains habitats, en été, il faut avouer que ce monde ultrasonore grouille parfois de signaux ! Pas évident de s’y retrouver. C’est la méthode et l’expérience qui aide. En système « hétérodyne », un détecteur peut permettre de trouver les fréquences d’émissions (de 15 000 Hz jusqu’à plus de 100 000 Hz) et la structure du signal (fréquence constante, et quasi-fréquence constante, fréquence modulée aplanie ou abrupte…) d’un animal. Le détecteur peut permettre également d’enregistrer et de ralentir le son, plus exactement de l’étendre afin de mieux l’analyser, c’est le système dit en « expansion de temps ». Un enregistrement permet éventuellement de faire un sonagramme (visualiser la fréquence, l’intensité et la durée du son). Souvent, dans la nuit, les premiers « bruits » entendus sont évidemment les chiroptères qui chassent. Là, il n’est pas question de chant mais bien du fameux système d’écholocation qui leur permet de « voir avec les oreilles » et d’analyser le relief dans lequel ils évoluent ainsi que les proies qui s’y trouvent. Les sons des chiroptères restent d’une grande diversité même au sein d’une même espèce et pour un même individu selon ses besoins, son environnement. Pour eux, en hétérodyne, on entend des sons à différentes fréquences, graves ou aigues, qui ressemblent à des gouttes d’eau qui tombent, des bulles qui éclatent, des billes qui rebondissent, des petits pétards secs comme des mitraillettes, des joueurs de claquettes ou encore des bouilloires qui sifflent… En ce qui concerne les insectes, ce sont les chants des orthoptères que l’on remarque rapidement. Surtout les Ensifères, c’est-à-dire les sauterelles et les grillons. Ce sont des grincements, des sons de râpes qui grattent, des pets secs, des bruits d’ailes qui froufroutent… Finalement, quelques espèces passeraient souvent inaperçues si il n’y avait pas moyen de les écouter. Qui dit émission sonore dit… réception auditive : les grandes oreilles des chiroptères sont évidentes (par exemple pour le genre Plecotus, que l’on appelle en français les Oreillards). Quant aux sauterelles il faut savoir que les 2 tympans sont discrètement positionnés sur les tibias des pattes avant !
Pour donner un exemple de type de son entendu, je joins à cet article le son d’un mâle d’Éphippigère carénée (Uromenus rugosicollis) enregistré la nuit en expansion de temps x10 (donc 10 secondes d’écoute de cet enregistrement correspond en réalité à 1 seconde d’émission). L’espèce émet à moins de 20 000 Hz donc tout à fait audible pour nous. L’enregistrement est de Michel BARATAUD, il est extrait du CD Sauterelles Méditerranéennes et de la France moyenne, édité par Sittelle (la boutique Jama-Sittelle : https://www.jama.fr/boutique/fr/librairie)Piste 2Interprète inconnu/Album inconnu (25/06/2018 11:17:50)Enfin, ceux qui souhaitent entendre la même espèce sans aucun appareil, avec vos simples oreilles, voici ce que cela donne. Vous avez certainement eu l’occasion de l’écouter, un soir d’été, dans une friche sèche pas loin de chez vous ! C’est un long Zrouiiiiiii Zrouiiiiiii répété continuellement. Il faut "tendre" l’oreille !!
Éphippigère carénée (Uromenus rugosicollis) mâle, enregistrement de Jean-Régis BONNET, extrait du Guide sonore des Sauterelles, Grillons et Criquets d’Europe occidentale (2ième éditions)Uromenus rugosicolis (Ephippigère carenée)François-Régis Bonnet/Guide sonore des Sauterelles, Grillons et Criquets d’Europe Occidentale (2eme éd. aug.)Éphippigère carénée (Uromenus rugosicollis) femelle « auditrice », RNN de l’étang de la Mazière, 47 Villeton, août 2013. Photographie : N.PINCZON
Bibliographie :
Ballades dans l’inaudible, identification acoustique des chauves-souris de France – Michel Barataud – éditions Sittelle, 2001
Écologie acoustique des chiroptères d’Europe, Identification des espèces, étude de leurs habitats et comportements de chasse – Michel Barataud avec la collaboration de Yves Tupinier – Collection Inventaire & biodiversité – Biotope Éditions – Publications scientifiques du Muséum, 2015 (3ième édition)A propos de la révision de la systématique des Cottidae en 2005
Ranger, classer, ordonner… voilà le travail d’un systématicien. Il est possible de considérer à nouveau une espèce déjà décrite il y a longtemps de manière philo-génétique et de réfléchir sur les diversités de sa métapopulation en sous-populations… Que cachent ces sous-populations ? Diffèrent-elles de l’une à l’autre ? Finalement les différences sont-elles suffisantes pour parler de spéciation ? En s’appuyant sur de nouvelles analyses génétiques, anatomiques, éco-éthologiques, acoustiques (notamment pour les oiseaux, les insectes, les mammifères...) des chercheurs révisent donc la systématique d’une famille. En ce qui concerne les Cottidaea, c’est-à-dire la systématique des Chabots, un travail publié en 2005 (Freyhof J., Kottelat M., Nolte A., 2005, Taxonomic diversity of European Cottus with description of eight new species (Teleostei : Cottidae). Ichthyol. Explor. Freshwaters, 16, 107 – 172) a distingué au moins 8 nouvelles espèces en France ! Le Chabot est un petit poisson (pas plus de 11 cm) aux gros yeux ronds. Très étonnant ce poisson ! Il aime les eaux peu polluées, fraiches et oxygénées. Il habite sous les pierres. Il se nourrit de larves de différents insectes (trichoptères, éphéméroptères…). Je vous conseille de lire La hulotte n°104 ! Ces populations sont parfois isolées géographiquement dans des réseaux hydriques bien précis. Les espèces décrites sont ainsi peu ou pas sympatriques. Ainsi on distingue : le Chabot commun ou périalpin (Cottus gobio), le Chabot fluviatile (Cottus perifretum), le Chabot de Rhénanie (Cottus rhenanus), le Chabot d’Auvergne (Cottus duranii), le Chabot du Béarn (Cottus aturi), le Chabot des Pyrénées (Cottus hispaniolensis), le Chabot de l’Hérault (Cottus rondeleti), le Chabot du Lez (Cottus petiti). Certaines espèces sont endémiques et existent sur des zones très limitées (jusqu’à une rivière comme le Lez sur 5km, le bassin de l’Hérault, etc…). Qu’en est-il pour les affluents de la Garonne et du Lot ? C’est un peu une énigme ! On peut dire que nous sommes très loin de la répartition du Chabot commun (Cottus gobio) qui se tient vers le Rhône et les Alpes, que nous sommes tout juste en limite sud de la répartition du Chabot fluviatile (Cottus perifretum) que l’on nomme également Chabot celtique. On peut dire aussi que le Lot prend sa source dans le Massif centrale où se trouve le Chabot d’Auvergne (Cottus duranii) et puis que la Garonne, elle, prend sa source sur l’habitat du Chabot des Pyrénées (Cottus hispaniolensis). Alors ? A quelle espèce appartiennent les Chabots du Boudouyssou ? Les Chabots de la Briolance ? Les Chabots de la Gélise ? Les Chabots de l’Avance ? Ceux qui veulent chercher… Il faut avoir pas mal de spécimens en main sans doute… En attendant, je propose de l’appeler le Chabot fluviatile (Cottus perifretum) du fait que cette espèce a une vaste répartition dans le domaine biogéographique atlantique et Centre-européen. C’est l’espèce qui est apparemment présente en Dordogne. Non, les scientifiques ne cherchent pas des poils aux poissons… ils explorent la vie et l’évolution… et c’est passionnant ! La Fédération du Lot-et-Garonne pour la Pêche et la Protection des Milieux Aquatiques ne cite dans ses communications ou animations que le Chabot commun (Cottus gobio) dans nos affluents du Lot ou de la Garonne… c’est visiblement une erreur de connaissance !
Comme je n’ai pas trouvé de photo de « notre » Chabot… voici un Chabot commun (Cottus gobio) pour le coup - Photographie de Sven TRAMAUX, mars 2009, lac Léman, Suisse – Fédération Française d’Étude et des Sports Sous-Marins – Environnement et bio subaquatiques - doris.ffessm.fr
Bibliographie :
Les Poissons d’eau douce de France – Cahier d’identification – Benjamin Adam, Michel Geniez – Biotope éditions, Publications scientifique du Muséum, 2011
Les Poissons d’eau douce de France – Philippe KEITH, Henri PERSAT, Éric FEUNTEUN et Jean ALLARDI – Biotope éditions, Publications scientifique du Muséum, collection inventaires et biodiversité, 2011
La hulotte, n° 104 – Pierre Déom, 2016A propos de l’auteur
Animé très jeune par l’observation des animaux, je concrétise ma passion en arpentant les forêts, montagnes, rivages et autres marécages, les jumelles au cou, le carnet de notes en main, un guide d’identification toujours ouvert… à 22 ans je passe plus d’une année dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises pour étudier les Pétrels, les Prions, les Albatros, les Manchots...
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